Les discours des mouvements contestataires
à l'ère des réseaux sociaux numériques
Les mouvements de contestation sont définis comme des phénomènes épisodiques durant lesquels les manifestants revendiquent des droits, s’opposent à des lois, des réformes, des décisions politiques ou s’insurgent contre l’impérialisme, le colonialisme, le capitalisme dit sauvage ou des pouvoirs qu’ils considèrent comme illégitimes ou non démocratiques, notamment en temps de précarité et d’austérité économiques. Depuis plusieurs années, en raison de l’irruption d’Internet dans nos vies sociales et politiques, ces mouvements sociaux prennent de plus en plus d’ampleur (Billion et Ventura, 2020 ; Ortiz, Burke, Berrada et Cortés, 2022) et entretiennent des relations réciproques avec les nouveaux modes de communication, notamment numériques. Outre la place de ces dispositifs numériques, les manifestants occupent physiquement les espaces à travers les marches et les sit-in pour revendiquer davantage de justice sociale, de démocratie ou de retour aux valeurs démocratiques, ou en dénonçant leurs limites. Les discours issus de cette activité militante constituent un terrain intéressant à observer, où chants, dénonciations, colères et solidarité s’entremêlent – le tout nourri par de véritables stratégies de communication publique. Dans ce cadre, les manifestants utilisent des pancartes, s’arment de mots, adoptent des slogans et défendent des mots d’ordre pour faire entendre leurs voix et assoir leurs revendications (Krieg-Planque et Oger, 2018).
Au nombre de quatorze, les articles qui constituent cet ouvrage sont articulés autour de deux principaux axes où nombre des points sont abordés. Le premier concerne la contestation sur les RSN suite à des situations de crise, et ce dans différents pays, européens africains et asiatiques. En effet, différents pays ont connu ces dernières années de larges mouvements sociaux de protestation en lien avec des problèmes de gouvernance (Marge Käsper, Angela Anzelmo, Albin Wagener, Adil Moustaoui, Ameni Tlili, Ammar Azouzi, Mohammed Zakaria Ali-Bencherif, Saliha Khaldi, Seghier Tab, Modjtaba Najafi). Différents canaux de protestation dont les RSN ont été mobilisés pour porter la voix de la contestation et construire des espaces de communication et d’élaboration et de diffusion de la parole contestataire. Le deuxième axe est en rapport avec l’activisme sur les RSN autour de divers objets sociaux (Pierre Chartier, Jocelyn Belfort, Lucas Klotz, Francesca Romana Cacciatori et Camille Marigaux). L’ouvrage que nous présentons aux lectrices et aux lecteurs constitue une façon de percevoir la contestation, de lire sa mise en discours, mais également de dégager son mode de fonctionnement et ses modes d’influence dans un monde en perpétuelles crises.
